Friday, March 11, 2011

Semaine contre l’apartheid à Beyrouth: retour sur le boycott d’Israël

 
La Semaine contre l’apartheid israélien (du 6 au 13 mars), organisée dans plusieurs villes du monde, se tient pour la deuxième année consécutive à Beyrouth, dans différents endroits de la capitale : dans les camps palestiniens, à l'Université libanaise, à Tripoli, ou encore à l'Université américaine de Beyrouth, qui accueille pour sa part comme l'an passé une série de débats, tables rondes, lectures et concerts, où seront évoquées de nombreuses thématiques et notamment celle du boycott économique de l’Etat Hébreu. Ce rejet de marchandises a déjà fait la preuve de son efficacité avec l’Afrique du Sud au moment de l’apartheid. Comment s’organise ce boycott, selon quels critères, et quelle est la place du Liban dans cette action ? iloubnan.info fait le point.

Sur Google, il suffit de taper «Israël, marques, boycott» ou encore «marques sionistes» pour voir s’afficher une liste aussi longue qu’impressionnante d’entreprises et logos en tout genre faisant l’objet d’un appel au boycott de la part d'organisations anti-sionistes ou simplement opposées à la politique israélienne à Gaza ou vis-à-vis de la colonisation. Leur objectif: boycotter les produits émanant d'entreprises israéliennes ou soutenant l'Etat hébreu. Parmi ces associations: BDS (Boycott Désinvestissement Sanction, qui explique qu’il existe trois catégories de marchandises auxquels les consommateurs sensibles à cette cause «doivent prêter attention».

Sur son site internet, le collectif évoque d’abord les entreprises israéliennes. On y apprend par exemple que «lorsque le chiffre 729 apparait au début d’un code barre, cela signifie que la marchandise est en provenance d’Israël». A noter que ces marchandises ne pénètrent jamais sur le territoire libanais, étant donnée l’histoire des relations libano-israéliennes et la situation actuelle à la frontière, avec l’occupation de certains territoire par l'Etat hébreu (Ghajar, et peut-être les Fermes de Chebaa, dont l'appartenance géographique, syrienne ou libanaise, reste cependant encore à déterminer).

Wassim Saliby est consultant auprès de l’ONG Center for Refugee Rights Aidun. Par ailleurs diplômé d’un master en droit international/droit humanitaire, il participe à l’organisation de l'Israel Apartheid Week à Beyrouth. A part ces marchandises en provenance directe d'Israël,
il faut dans un deuxième temps, explique-t-il, prendre en considération «les multinationales qui fournissent, soit sous forme de donations soit sous forme d’investissements directs, de grosses sommes d’argent à Israël». Ces donations vont dans le sens d’un soutien à l’Etat Hébreu, donc à sa politique d’apartheid et de colonisation que dénoncent les ONG antisionistes. «Quelques-unes de ces multinationales sont présentes au Liban», affirme Wissam. «Mais ce n’est pas le plus grave» ajoute t-il, en affirmant qu'il existe également des multinationales qui participent à la fabrication de produits à des fins militaires et non civiles. C'est la troisième catégorie vis-à-vis de laquelle les associations veulent susciter une prise de conscience. «Une grande partie de la technologie de pointe contenue dans des produits tels que les téléphones portables, les ordinateurs ou les logiciels sont fabriqués à des fins militaires» poursuit Wissam. Le site internet du BDS Global Mouvement affirme que "les productions développées au service de l’armée sont réputées pour leur fiabilité, après avoir été testées sur les Palestiniens". Certains collectifs tentent d’instaurer un boycott permanent de ces multinationales présentes au Liban, mais «il faut du temps pour qu’il y ait une vraie prise de conscience et avant que les choses ne se concrétisent» explique l’activiste.

Pour Wissam, le plus raisonnable est de s’en remettre au droit. «Je pense qu’il est temps de réclamer notre dû. D'un point de vue juridique, rationnel, nous sommes dans notre droit en réclamant une transparence quant à la mort des quelque 1000 civils durant la guerre de 2006 (en référence à la guerre de Juillet 2006 entre Israël et le Hezbollah, qui a fait officiellement 1600 morts parmi les Libanais, majoritairement des civils), et en réclamant que les coupables soient punis, et enfin, il est de notre devoir de soutenir la population palestinienne présente à l'intérieur de nos frontières».

Etant donnée l’impossibilité de saisir la Cour Pénale Internationale, le Liban et Israël ne l’ayant pas ratifiée, «l’arme du boycott devient donc légitime». D’autant plus qu’elle a déjà fait ses preuves ailleurs. En effet, au moment de l’apartheid en Afrique du Sud dans les années 70, l'organisation du boycott des oranges Outspan d'Afrique du Sud par le Mouvement Anti-Apartheid a constitué un puissant facteur de sensibilisation des opinions publiques, notamment en France. Outre le boycott des activités sportives, l’action des écrivains, des artistes et celles des ouvriers (qui empêchaient les produits provenant d’Afrique du Sud d’entrer sur leurs marchés locaux) et la pression constante sur les gouvernements pour qu’ils retirent leur appui au régime d’apartheid, il faut aussi tenir compte du rôle important joué par les milieux universitaires. Depuis quelques temps, on peut également noter que certains artistes comme Carlos Santana ou Elvis Costello ont déjà annulé des concerts qu'ils devaient donner en Israël, en affirmant ainsi leur refus de cautionner la politique menée par l'Etat hébreu à Gaza notamment. Plusieus artistes s'étaient également élevés contre l'attaque sanglante menée par un commando israélien sur une flottille cherchant à forcer le blocus de Gaza.
 

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